Programme de rétablissement de la pie-grièche migratrice de l’Est

L’espèce

La pie-grièche migratrice de l’Est compte parmi les oiseaux chanteurs les plus menacés. Par le passé, on pouvait l’observer du Manitoba jusqu’au Nouveau-Brunswick. Aujourd’hui, toutefois, on dénombre moins de 25 couples nicheurs, à l’intérieur de deux enclaves en Ontario : les plaines de Carden et de Napanee. Obtenez plus de détails sur de cette espèce.

Le programme

À la suite d’une diminution rapide de la population de pies-grièches migratrices de l’Est en milieu naturel dans les années 1990, Environnement Canada a invité en 2003 Conservation de la faune au Canada à diriger l’effort de rétablissement multipartenaire. Depuis, la taille de la population sauvage a fluctué. Les études ont montré que, même si l’effort de rétablissement a permis d’éviter la disparition de cette espèce au Canada, il est nécessaire de poursuivre les travaux pour déterminer les causes de son déclin et y remédier.

Reproduction à des fins de conservation

La pierre angulaire de notre programme de rétablissement de la pie-grièche est la reproduction des oiseaux et la mise en liberté de leurs jeunes pour augmenter la population sauvage. Quelques années à peine après le lancement de notre programme de reproduction sur le terrain, nous avons observé qu’un des oiseaux relâchés était parvenu à migrer et à revenir nicher avec une pie-grièche sauvage. Cette réussite était une première dans le cadre d’un effort de reproduction d’un oiseau chanteur migrateur à des fins de conservation, ce qui a valu au programme une reconnaissance internationale.

Nous élevons ces pies-grièches dans de grands enclos sur le terrain. Les jeunes sont ainsi exposés à leur habitat naturel, y compris à des prédateurs et à des proies, ce qui leur permet de développer toute une série d’habiletés de survie. Comme nous appliquons une méthode de mise en liberté progressive, nous continuons à donner un peu de nourriture aux jeunes après leur libération. Conservation de la faune au Canada coordonne le programme de reproduction et de réintroduction, dans le cadre duquel plusieurs partenaires fournissent des installations de reproduction et d’hivernage. Nous réintroduisons actuellement des jeunes dans les plaines de Napanee et de Carden, afin d’augmenter les populations sauvages existantes dans ces deux aires centrales.

Surveillance des populations

Nous dénombrons les pies-grièches en milieu sauvage par des relevés, la surveillance des nids et la pose de bagues de couleur, ce qui nous donne des indications sur les taux de retour, la taille des populations, les mouvements entre les aires centrales, et sur les résultats du programme de reproduction et de réintroduction. Nous ne pourrions faire tout cela sans l’aide des bénévoles qui participent à notre programme de relevés Adoptez un site. Si vous souhaitez y prendre part, communiquez avec nous.

Intendance de l’habitat

L’habitat à herbes courtes dont la pie-grièche a besoin se trouve principalement sur des terres privées. Depuis plusieurs années, nous travaillons de concert avec les propriétaires afin de protéger et d’améliorer cet habitat sur leurs terres, en veillant à ce que les pies-grièches bénéficient de sites de nidification et de territoires de chasse adéquats.

Nos recherches ont permis de déterminer les caractéristiques de l’habitat dont les pies-grièches ont besoin – depuis l’arbre de nidification, le territoire et l’îlot d’habitat jusqu’aux caractéristiques à l’échelle du paysage. De plus, nous étudions la prédation des nids afin de déterminer quelles espèces représentent la menace la plus importante et quel est à cet égard le rôle de l’habitat. Les résultats de nos recherches en cours servent à améliorer nos pratiques et les lignes directrices sur l’intendance de l’habitat de la pie-grièche, et nous diffusons largement cette information.

Détermination des voies de migration et des aires d’hivernage

Quoiqu’on en sache peu sur les comportements de migration et d’hivernage, il semble que les causes principales du déclin de cette espèce se produisent à l’extérieur du Canada.

Voilà pourquoi nous collaborons avec des partenaires de conservation des États-Unis et utilisons les plus récentes technologies de suivi pour découvrir où les pies-grièches passent l’hiver et par quelles voies elles s’y rendent. Une fois obtenue cette information, nous pouvons, avec nos partenaires, préciser ce qui constitue des menaces pendant la migration et l’hivernage de ces populations, et tenter de les contrer pour arrêter leur déclin.

Résultats

Le programme de rétablissement de la pie-grièche a donné lieu à un certain nombre de réussites jusqu’à maintenant. Nous en savons davantage concernant les menaces à l’égard de la population sauvage, et des milliers d’acres ont été restaurés ou améliorés.

Depuis 2016, le nombre de pies-grièches qui éclosent chaque année dans le cadre de notre programme de reproduction à des fins de conservation varie de 77 à bien au-dessus de 100, et la majorité des jeunes prêts à s’envoler sont relâchés dans la nature.

Non seulement plusieurs de ces oiseaux reviennent-ils le printemps suivant, mais certains reviennent année après année. En 2012, par exemple, une femelle de 6 ans relâchée en 2006 est revenue pour former un couple avec un mâle sauvage – une preuve concrète que les méthodes de reproduction sur le terrain et de mise en liberté produisent des résultats.

Jusqu’à 23 % des pies-grièches observées dans la nature sont des oiseaux qui ont été relâchés les années précédentes dans le cadre de notre programme de reproduction à des fins de conservation. La majorité de ces oiseaux sont parvenus à s’accoupler avec des individus sauvages et ont contribué par un nombre important de jeunes à la population sauvage.

Par ailleurs, nous avons des preuves qu’une partie des pies-grièches migratrices de l’Est partent de l’Ontario pour hiverner dans le nord-est et le sud-est des États-Unis. À mesure que s’ajouteront d’autres données de suivi, nous pourrons mieux comprendre la migration de la pie-grièche.

Impact

Nous avons prouvé que nous pouvons soutenir la reproduction de pies-grièches et relâcher des individus qui survivent dans la nature, migrent vers le sud et reviennent en Ontario pour s’accoupler avec succès. Leurs taux de survie et de reproduction sont au moins aussi élevés que ceux des individus de la même espèce nés dans la nature. Selon des analyses de viabilité des populations effectuées en 2009 et 2015, la reproduction à des fins de conservation ne pourra probablement pas suffire à ramener la population sauvage à un état d’autosuffisance. Toutefois, la situation serait bien pire sans l’effort de reproduction.

Ces études montrent que les oiseaux dont nous avons assuré la reproduction et la réintroduction ont permis d’éviter la disparition de l’espèce au Canada. Si nous parvenons à découvrir et à combattre les causes des pertes durant le cycle de migration, la reproduction à des fins de conservation deviendra un outil essentiel pour que la population sauvage recommence à croître.

Les méthodes que nous avons mises au point peuvent servir à d’autres fins que le rétablissement de la pie-grièche de l’Est. Une évaluation externe du programme de reproduction à des fins de conservation a suggéré, en 2008, qu’elles pourraient éventuellement servir de modèle à de futurs programmes de rétablissement d’autres sous-espèces de pies-grièches en Amérique du Nord et, encore plus largement, d’autres oiseaux chanteurs migrateurs en péril.

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Pour les derniers renseignements concernant ce programme, consultez nos rapports de terrain (à droite) et notre blogue (en anglais). 

Aidez-nous à sauvegarder la pie-grièche migratrice de l’Est! Faites un don à Conservation de la faune au Canada dès aujourd’hui.

Le gens

hazel-wheelerHazel Wheeler
Biologiste principale

Hazel Wheeler a commencé à travailler à Conservation de la faune au Canada en 2013, en tant que biologiste de terrain rattachée aux efforts de conservation de la pie-grièche dans la région de Carden. En 2014, elle a assumé la fonction de biologiste principale, responsable de la coordination du Programme de rétablissement de la pie-grièche migratrice de l’Est en Ontario. Hazel est titulaire d’un baccalauréat ès sciences avec spécialisation en biologie de la faune de l’Université de Guelph et une maîtrise en sciences de l’environnement et de la vie de l’Université Trent. Son mémoire portait sur l’importance de différents types d’habitat comme aires d’alimentation pour les martinets ramoneurs menacés.

Avant de se joindre à Conservation de la faune au Canada, Hazel a contribué à l’élaboration d’un programmes nationaux de surveillance d’espèces aviaires en péril, a mis en œuvre et coordonné des programmes de surveillance provinciaux fondés sur le bénévolat et dirigé les activités de surveillance et de recherche d’équipes de terrain concernant plusieurs espèces vulnérables. Elle est membre du Comité consultatif sur l’environnement de la Ville de Guelph, où elle met à profit son expérience en matière de conservation pour analyser des projets de développement dans cette ville.

Ce que vous pouvez faire

  • Signalez toute observation de pies-grièches migratrices de l’Est, par téléphone au 1-800-956-6608 ou par courriel à admin@wildlifepreservation.ca, et envisagez de prendre part comme bénévole au programme de relevés Adoptez un site.
  •  Évitez d’approcher les arbres de nidification, les oiseaux reproducteurs et leurs jeunes entre le mois d’avril et la fin du mois d’août.
  • Si vous possédez une terre située dans l’une des aires de reproduction traditionnelles de la pie-grièche migratrice de l’Est, consultez notre guide, qui vous indiquera comment améliorer l’habitat des pies-grièches sur votre propriété.
  • Communiquez avec votre administration locale, en indiquant que vous êtes en faveur d’un aménagement durable du territoire, qui protège et relie les aires naturelles et les habitats des espèces en voie de disparition.
  •  Appuyez Conservation de la faune au Canada.

Recherche

Parmley, E.J., D.L. Pearl, N.A. Vogt, S. Yates, G.D. Campbell, J. Steiner, T.L. Imlay, S. Hollamby, K. Tuininga, and I.K. Barker. 2015. Factors influencing mortality in a captive breeding population of Loggerhead Shrike Eastern subspecies (Lanius ludovicianus ssp.) in Canada. BMC Veterinary Research doi:10.1186/s12917-015-0429-2

Lagios, E.L., K.F. Robbins, J.M. Lapierre, J.C. Steiner, and T.L. Imlay. 2014. Recruitment of juvenile, captive-reared eastern loggerhead shrike Lanius ludovicianus migrans into the wild population in Canada. Oryx 49, 321-328. doi:10.1017/S0030605313000690

Steiner, J., A.A. Chabot, T. Imlay, J.-P.L. Savard, and B.J.M. Stutchbury.  Field propagation and release of migratory Eastern Loggerhead Shrike to supplement wild populations in Ontario, Canada. In Soorae, PS (Ed.). 2013. Global Re-introduction Perspectives: 2013. Further case studies from around the globe. Gland Switzerland: IUCN/SSC Re-introduction Specialist Group and Abu Dhabi, UAE: Environment Agency-Abu Dhabi. xiv + 282 pp.

Imlay, T.I., J.F. Crowley, A.M. Argue, J.C. Steiner, D.R. Norris, and B.J.M Stutchbury. 2010. Survival, dispersal and early migration movements of captive-bred juvenile eastern loggerhead shrikes (Lanius ludovicianus migrans). Biol. Conserv. 143, 2578-2582.

Nichols, R.K., J. Steiner, L.G. Woolaver, E. Williams, A.A. Chabot, and K. Tuininga. 2010. Conservation initiatives for an endangered migratory passerine: field propagation and release. Oryx 44, 171–177. doi:10.1017/S0030605309990913.

Commandité par
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Soutenu par

  • Environnement Canada – Service canadien de la faune
  • La Fondation de la famille Patrick Hodgson
  • La Fondation Helen McCrae Peacock
  • La Fondation Takla
  • Gouvernement du Canada – Programme d’intendance de l’habitat
  • Le ministère des Ressources naturelles et des Forêts de l’Ontario – Fonds d’intendance des espèces en péril
  • Stages en technologies propres de CICan

Partenaires du programme

Loggerhead Shrike: An Ontario Landowner’s Guide (en anglais)Shrike Landowners Guide