Rétablissement des reptiles de la prairie Ojibway

L’Ojibway Prairie Complex and Greater Park Ecosystem (OPCGPE), dans la région de Windsor-Lasalle, en Ontario, abrite plusieurs espèces de reptiles menacées par le développement urbain, la fragmentation de l’habitat et la mortalité routière, dont la couleuvre fauve de l’Est, la couleuvre à petite tête et une population gravement en péril de massasaugas. Cette aire de 24 km² a été récemment désignée comme « Zone importante pour les amphibiens et les reptiles » par la Société d’herpétologie du Canada (voir Ressources). Les massasaugas qui se trouvent à cet endroit sont séparés par plus de 300 km des autres populations canadiennes. Étant la seule à vivre dans un habitat de prairie à grandes graminées, cette population constitue un groupe unique sur les plans écologique et génétique. Malheureusement, son aire de répartition a rétréci de 95 % au cours des 40 dernières années, en raison de la destruction de son habitat, de la mortalité routière, de mises à mort délibérées et de captures illégales à des fins de commerce d’animaux de compagnie. Le nombre d’individus restants est tellement faible que cette population est maintenant au bord de l’extinction locale.

En 2013, nous avons commencé à mettre en œuvre des mesures de conservation recommandées dans le Programme de rétablissement du massasauga au Canada (voir Ressources). Nous avons mis l’accent sur le suivi de la population, l’évaluation des menaces et une analyse de faisabilité du rétablissement de la population. En 2015, nous avons lancé le Programme de rétablissement des reptiles de la prairie Ojibway (PRRPO), pour élargir de façon notable la portée de nos travaux, établir un groupe de travail sur le rétablissement des reptiles (voir Partenaires du programme) et commencer à relever les importants défis définis dans l’analyse de faisabilité (voir Ressources). Depuis, nous avons travaillé activement avec nos partenaires à l’amélioration de l’habitat essentiel, à l’atténuation des menaces, à la sensibilisation du public, à la protection et à la connectivité des habitats, ainsi qu’à la préparation en vue d’une augmentation à long terme des populations, au moyen de techniques telles que la reproduction et le déplacement à des fins de conservation. Un système de suivi efficace nous permettra d’évaluer le succès de nos différents projets de rétablissement et d’adapter au besoin nos techniques.

Voici quelques-uns des faits saillants du PRRPO :

  • Investissement annuel de plus de 1 000 heures-personnes sur le terrain afin d’assurer le suivi des populations de reptiles, d’évaluer les menaces et d’accroître la surveillance des caractéristiques importantes de l’habitat.
  • Chaque année, soumission aux bases de données provinciales de 100 à 200 observations relatives à des espèces en péril, ce qui accroît la protection de l’habitat.
  •  Réalisation de relevés couvrant annuellement plus de 1 000 km de routes afin de documenter les zones sensibles en ce qui a trait à la mortalité routière et d’orienter les projets d’atténuation. Depuis 2016, nous avons installé chaque année plus de 375 m de clôtures pour prévenir la mortalité routière des reptiles.
  • Amélioration continue de l’habitat à l’intérieur de 9 ha occupés par le massasauga, par l’enlèvement de plantes invasives et la création de plus de 100 structures de débris ligneux pouvant servir d’abri et de site de gestation (mise bas). Nous avons confirmé que les femelles gravides avaient utilisé les sites de gestations artificiels que nous avons créés depuis 2015.
  • Chaque année, livraison de plus de 340 trousses pour promouvoir l’intendance du massasauga et de 500 affichettes de porte auprès des résidents de la région, ainsi que des douzaines d’interactions directes avec les personnes qui fréquentent le parc. Avec l’aide de nos partenaires, nous avons installé 6 affiches sur l’habitat du massasauga et 1 panneau d’interprétation dans un parc local, ainsi que 8 affiches identifiant des traverses fauniques aux endroits où le risque de mortalité routière est élevé.
  • Contribution à la désignation des 24 km de l’Ojibway Prairie Complex and Greater Park Ecosystem (OPCGPE), dans la région de Windsor-LaSalle, en Ontario, comme « Zone importante pour les amphibiens et les reptiles » par la Société d’herpétologie du Canada (voir Ressources).
  • Détermination d’un habitat approprié pour le massasauga à l’intérieur d’un parc provincial, pour permettre de cibler de manière informée les sites où pourraient avoir lieu de futures mises en liberté.
  • Amorce du processus de délivrance de permis aux niveaux local, provincial et fédéral, afin de s’assurer de l’obtention des permissions requises pour favoriser l’augmentation à long terme de la population de serpents au moyen de la reproduction en captivité.

Notre principal objectif est de prévenir la disparition de la population de massasaugas de la prairie Ojibway, afin de maintenir la distribution géographique, la diversité génétique et la variation écologique de cette espèce au Canada. Notre travail est aussi destiné aux nombreuses autres espèces en péril, dont la couleuvre fauve de l’Est, la couleuvre à petite tête et plusieurs espèces de plantes que l’on retrouve uniquement dans les prairies à grandes graminées de l’Ontario. Si nous y parvenons, nous aurons endigué la vague d’extinction dans l’un des écosystèmes les plus exceptionnels au Canada.

Choquette, J., et L. Valliant. 2016. Road mortality of reptiles and other wildlife at the Ojibway Prairie Complex and Greater Park Ecosystem in southern OntarioThe Canadian Field-Naturalist 130 (1): 64-75.

Choquette, J., et E. Jolin. 2018. Checklist and status of the amphibians and reptiles of Essex County, Ontario: a 35 year update.  The Canadian Field-Naturalist 132 (2): 176-190.

Jonathan Choquette
Biologiste principale

Jonathan Choquette est le biologiste principal du Programme de rétablissement des reptiles de la prairie Ojibway. Il cumule plus de 10 années d’études, de bénévolat et d’expérience professionnelle auprès des reptiles et des amphibiens. Il est titulaire d’un baccalauréat en biologie (2007) et d’une maîtrise en architecture de paysage (2011) de l’Université de Guelph. Son mémoire de maîtrise portait sur la reconnaissance des corridors d’habitat du massasauga dans un paysage urbain fragmenté. Jonathan a travaillé avec plusieurs espèces de reptiles en péril, dont la couleuvre fauve de l’Est, la couleuvre à petite tête, le scinque pentaligne, la couleuvre d’eau du lac Érié, le crotale des prairies, la tortue ponctuée, la tortue des bois et la couleuvre royale. Il a rempli des contrats pour Environnement Canada, le Huron Stewardship Council, et le ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l’Ontario. Il a été membre bénévole du conseil de la Société d’herpétologie du Canada de 2014 à 2017 et est membre de la Society for Conservation Biology. Il poursuit actuellement à temps partiel des études doctorales à l’Université Laurentienne, et il s’intéresse au déplacement à des fins de conservation comme moyen de rétablir le massasauga. On peut consulter ici une liste de ses publications et de ses rapports.

Comment vous pouvez aider: