
L'élevage de conservation pour sauver l'un des groupes d'animaux les plus menacés au monde
Publié le11 septembre 2026parStephanie Winton
Qu'est-ce que la planification de la conservation ? La conservation à long terme des espèces en danger continue de faire face à des défis nouveaux et émergents, comme les nouvelles maladies et les impacts des changements climatiques. Dans le monde d'aujourd'hui, l'idée que toutes les espèces peuvent être efficacement conservées avec une gestion minimale simplement en créant de grandes zones d'habitat protégé est irréaliste. Il y a un besoin croissant de gestion active et d'intervention humaine à long terme, guidée par des plans stratégiques adaptés aux besoins de conservation des espèces. C'est là qu'intervient CPSG Canada !
CPSG Canada est un centre de ressources régional du Groupe de spécialistes de la planification de la conservation (CPSG), faisant partie de la Commission de la survie des espèces de l'Union internationale pour la conservation de la nature. Pour améliorer les efforts nationaux de conservation et sauver des espèces, CPSG Canada utilise les outils et processus de planification mondialement reconnus du CPSG, fournit un soutien technique et de facilitation pour les ateliers de planification, et renforce les capacités de planification de la conservation au Canada. CPSG Canada est hébergé par Conservation de la faune au Canada (CFC) et soutenu par des membres du Safari africain et du Wilder Institute/Zoo de Calgary.
Ici, à CFC, on trouve les grenouilles pas mal fascinantes. Pour bien des gens, attraper des têtards dans l'étang du coin a été leur toute première rencontre avec le monde animal. Les grenouilles nous ouvrent la porte à la faune qui nous entoure, mais elles jouent aussi, comme les autres amphibiens, un rôle essentiel dans l'équilibre des écosystèmes. Elles font partie de l'équipe de lutte antiparasitaire du quartier (elles dévorent l'insecte que tout le monde déteste : le moustique), tout en servant elles-mêmes de repas à d'autres espèces, un maillon important de la chaîne alimentaire. Comme elles vivent à la fois dans l'eau et sur terre, elles participent aussi au cycle des nutriments et sont d'excellents indicateurs de la santé des écosystèmes. Pas étonnant qu'elles occupent une place importante dans les cultures du monde entier.
Malheureusement, les grenouilles du monde entier sont en crise. En fait, les amphibiens forment le groupe de vertébrés le plus menacé sur la planète. Depuis les années 1980, les grenouilles et les autres amphibiens connaissent un déclin rapide, et parfois même l'extinction, à cause de la perte d'habitat, des espèces envahissantes, des changements climatiques et des maladies. Une pandémie mondiale causée par le champignon chytride qui est responsable pour 80 % des extinctions récentes.
La gestion ex situ (c'est-à-dire garder des animaux en lieu sûr en captivité) est essentielle à la survie et au rétablissement de bien des espèces en péril. Les populations en captivité offrent un filet de sécurité contre l'extinction, et l'élevage de conservation ouvre la porte à de futurs efforts de restauration des populations. Le Groupe de spécialistes de la planification de la conservation a mis au point des lignes directrices et un processus d'atelier pour évaluer si la gestion ex situ est une option réaliste à inclure dans un plan de rétablissement. Heureusement pour les amphibiens, ils demandent généralement moins d'espace et de ressources que d'autres groupes comme les oiseaux ou les mammifères, ce qui réduit les coûts. Cela dit, les programmes d'élevage et de remise en liberté exigent la collaboration de nombreux partenaires, autant sur le terrain qu'auprès des animaux en captivité, et demandent des années d'efforts intensifs et de ressources pour réussir. Malgré ces défis, ces méthodes permettent aujourd'hui de restaurer des populations de grenouilles, avec l'espoir qu'un jour, d'autres enfants pourront eux aussi attraper des têtards dans un étang.
Découvrez comment des équipes au Canada, à Jersey, en Californie, en Colombie et au Chili utilisent l'élevage de conservation et la remise en liberté pour restaurer, chacune chez elle, des populations de grenouilles menacées.
Une grenouille maculée de l'Oregon adulte. Photo : S. Winton.
Espèce : Grenouille maculée de l'Oregon Rana pretiosa
Statut : En voie de disparition (Canada), Vulnérable (mondial)
Répartition : Colombie-Britannique, Oregon, Washington
Situation de conservation : La grenouille maculée de l'Oregon est l'amphibien le plus menacé au Canada. On croit qu'il ne reste que quelques centaines d'individus reproducteurs, répartis dans quelques petites populations dispersées dans la vallée du Fraser, en Colombie-Britannique. Son habitat est menacé par le développement urbain, la conversion des terres agricoles, l'extraction de ressources et les modifications du régime hydrologique.
Mesures de conservation : Depuis 2010, CFC élève et réintroduit des milliers de têtards et de jeunes grenouilles maculées de l'Oregon dans les milieux humides de la vallée du Fraser. Ces jeunes servent à renforcer les populations sauvages existantes, mais aussi à en établir de nouvelles dans des sites propices où l'espèce avait disparu. Un programme continu de marquage-recapture et un suivi approfondi des masses d'œufs, menés par nos partenaires de rétablissement, montrent les effets positifs de ces remises en liberté sur les populations historiques : les données à long terme confirment que nos relâchers ont contribué à stabiliser ces populations. Les techniques d'élevage pionnières de CFC changent la donne pour cette espèce.
Fait amusant : La grenouille maculée de l'Oregon a récemment été mise à l'honneur sur un timbre canadien, aux côtés d'une autre espèce d'amphibien menacée de l'est du Canada, le crapaud de Fowler.
Les bassins de têtards de grenouilles agiles au zoo de Jersey. Photo : S. Winton.
Espèce : Grenouille agile, Rana dalmatina
Statut : En voie de disparition critique (Jersey, R.-U.), Préoccupation mineure (mondial)
Répartition : Europe (sauf le Portugal et le reste des îles Britanniques) et nord de la Turquie
Situation de conservation : On trouve la grenouille agile un peu partout en Europe, mais Jersey est le seul endroit des îles Britanniques où l'espèce est présente. L'intensification de l'agriculture et la prédation des œufs et des grenouilles par des espèces non indigènes ont fait chuter la population dans les années 1980. Malheureusement, un déversement de pesticides survenu en 1987 a réduit la population à un seul étang de reproduction sur toute l’île!
Mesures de conservation : La Durrell Wildlife Conservation Trust élève des grenouilles agiles et les relâche dans la nature depuis plus de 20 ans. Guidés par un plan d'action pour l'espèce, les partenaires gouvernementaux restaurent et protègent l'habitat, notamment en créant de nouveaux étangs, pendant que Durrell fait grandir les œufs et les têtards dans un contenant biosécurisé au zoo de Jersey, jusqu'à peu avant la métamorphose. Plus de 80 000 têtards ont été relâchés dans la nature, et le nombre d'étangs de reproduction occupés par la grenouille agile a augmenté, tout comme son aire de répartition.
Fait amusant : Les grenouilles agiles de Jersey sont génétiquement distinctes de leurs cousines européennes, et elles comptent parmi les trois seules espèces d'amphibiens indigènes de l'île.
Une grenouille des montagnes à pattes jaunes du Sud flotte dans un bassin. Photo : S. Winton.
Espèce : Grenouille des montagnes à pattes jaunes du Sud Rana muscosa
Statut : En voie de disparition (É.-U./mondial)
Répartition : Californie
Situation de conservation : La destruction de l'habitat, les maladies, les prédateurs introduits, la pollution, l'agriculture, ainsi que les feux de forêt et les sécheresses liés aux changements climatiques ont durement frappé la grenouille des montagnes à pattes jaunes du Sud dans son habitat d'origine, en Californie. Face à ces menaces persistantes, l'avenir demeure incertain pour ce qui reste d'une petite population sauvage, aujourd'hui fragmentée.
Mesures de conservation : Experte en reproduction, la San Diego Zoo Wildlife Alliance élève ces grenouilles dans le cadre d'un programme collaboratif de recherche en élevage de conservation et en réintroduction. L'environnement en captivité est conçu pour reproduire les cycles saisonniers de température et de lumière, et des technologies de reproduction assistée servent à améliorer le succès reproducteur et à permettre des échanges génétiques entre populations afin de réduire la consanguinité. Des échantillons de sperme sont aussi conservés dans une banque génétique pour préserver la diversité de l'espèce. Une évaluation récente du statut vert de l'UICN pour cette espèce indique que, bien que la population sauvage soit largement décimée, l'espèce aurait probablement disparu sans les mesures de conservation comme l'élevage ex situ et la réintroduction.
Fait amusant : Des chiens renifleurs spécialement entraînés (surnommés les « chiens à grenouilles ») aident à repérer ces grenouilles discrètes et silencieuses lors du suivi post-réintroduction.
Une grenouille vénéneuse de Lehmann en enclos. Photo : S. Winton.
Espèce : Grenouille vénéneuse de Lehmann, Oophaga lehmanni
Statut : En voie de disparition critique (mondial)
Répartition : Colombie
Situation de conservation : Cette grenouille aux couleurs vibrantes est endémique des forêts tropicales de Colombie, où elle est menacée par la destruction de son habitat et le trafic illégal. En 2018, des centaines de grenouilles ont été saisies à l'aéroport de Bogotá. Considérée comme une espèce prioritaire pour la conservation, plusieurs dizaines de grenouilles vénéneuses de Lehmann ont été transférées au zoo de Cali pour y établir un programme d'élevage de conservation.
Mesures de conservation : Le zoo de Cali a mis sur pied une installation d'élevage à la fine pointe de la technologie et des protocoles adaptés aux besoins reproducteurs particuliers de cette espèce. Une attention toute spéciale est portée au bien-être des animaux, notamment grâce à des nébuliseurs qui maintiennent un taux d'humidité adéquat dans le terrarium de chaque couple reproducteur. Le zoo a réussi à élever des grenouilles qui ont ensuite été relâchées dans la nature selon des méthodes de remise en liberté progressive. Le programme collabore avec les communautés locales pour protéger l'habitat, mettre en place des activités économiques de rechange et surveiller les grenouilles réintroduites. Ces initiatives ont non seulement réduit le braconnage, mais elles ont aussi donné à la communauté un sentiment de responsabilité et de participation dans la conservation de cette grenouille et de sa forêt.
Fait amusant : Une fois les œufs éclos, les femelles transportent leurs têtards sur leur dos, du sol de la forêt jusqu'aux broméliacées perchées dans la canopée. Les têtards se développent dans l'eau accumulée au cœur de ces plantes et se nourrissent des œufs non fécondés que leur mère continue de pondre pour eux. On ne peut pas dire mieux côté soins parentaux!
Un panneau sur la grenouille d'eau du Loa au Zoológico Nacional de Chile. Photo : S. Winton.
Espèce : Grenouille d'eau du Loa, Telmatobius dankoi
Statut : En voie de disparition critique (mondial)
Répartition : Nord du Chili
Situation de conservation : La grenouille d'eau du Loa est microendémique : on ne la trouve nulle part ailleurs au monde qu'une seule oasis du désert d'Atacama, au Chili, ce qui la rend extrêmement vulnérable aux changements locaux de son habitat. L'extraction illégale d'eau pour l'exploitation minière, l'agriculture et le développement urbain a asséché son habitat, réduisant la population sauvage à seulement 14 individus.
Mesures de conservation : En 2019, les derniers individus sauvages connus ont été transférés au zoo national du Chili dans le cadre d'une opération de sauvetage d'urgence, créant ainsi ce qu'on appelle une population de secours. L'entreprise était risquée, l'espèce n'avait jamais été maintenue en captivité auparavant, et les grenouilles étaient en très mauvais état. Sans cette intervention, elles auraient probablement disparu pour de bon. Contre tout, 500 têtards ont éclos au zoo, et 10 grenouilles ont été transférées vers un nouveau centre de conservation près de leur habitat d'origine dans l'Atacama, afin d'élargir le programme d'élevage et de sensibiliser le public à l'environnement. C'est un premier pas prometteur vers un retour de l'espèce dans la nature, mais il reste du travail à faire pour contrer les menaces, protéger et restaurer l'habitat, et élaborer un plan de réintroduction qui garantira le succès de l'entreprise.
Fait amusant : La grenouille d'eau du Loa appartient à la même famille que la célèbre grenouille géante du lac Titicaca. Elle s'est adaptée à des conditions extrêmes et vit jusqu'à 2 300 m d'altitude, dans le désert le plus sec du monde. #SaveTheLoaFrog #SalvemosLasRanitasDelLoa
Une rainette faux-grillon de l'Ouest sur le point de chanter. Photo : A. Hoffman.
Espèce : Rainette faux-grillon de l'Ouest, Pseudacris triseriata
Statut : Menacée (Canada), Préoccupation mineure (mondial)
Répartition : Québec, Ontario, nord-est des États-Unis
Situation de conservation : La rainette faux-grillon de l'Ouest est menacée par la perte, la dégradation et la fragmentation de son habitat dans toute la région des Grands Lacs et du Saint-Laurent, sur le Bouclier canadien, en Ontario et au Québec. Les populations québécoises ont connu un déclin marqué, et plusieurs ont complètement disparu au cours des dernières décennies à cause du développement urbain et agricole
Mesures de conservation : L'équipe de rétablissement de la rainette faux-grillon du Québec utilise des méthodes de gestion ex situ et de translocation pour restaurer les populations. Les partenaires de conservation capturent des adultes au printemps, les gardent brièvement le temps de la reproduction et de la ponte, puis les relâchent dans la nature. Les œufs sont élevés en captivité jusqu'après la métamorphose, puis relâchés dans des étangs existants ou nouvellement aménagés, à l'intérieur de l'aire de répartition de l'espèce. Le suivi post-relâcher montre que les grenouilles se dispersent vers les étangs voisins, hibernent et se reproduisent dans la nature après une translocation. Cela dit, la viabilité à long terme des populations sans translocation demeure précaire, et l'élevage de conservation comporte son lot de défis. Il reste donc essentiel de protéger l'habitat et les populations tout en cernant et en atténuant les menaces.
Fait amusant : La rainette faux-grillon de l'Ouest survit aux températures glaciales de l'hiver en augmentant son taux de glucose sanguin, qui agit comme antigel pour ses cellules.
Sources:
Nous avons besoin de votre aide