Andrea, Lead Biologist, helps her son place caterpillars at the base of a flag marker on the grass.

Qu'est-ce que le programme de rétablissement du papillon damier de Taylor ? Indicateur environnemental de la santé de l'écosystème entier, ce papillon spécial était autrefois très répandu dans les îles San Juan, le sud de l'Île de Vancouver et les îles environnantes de la Colombie-Britannique. On croyait qu'il avait disparu du Canada jusqu'en 2005, quand 15 damier ont été observés sur l'île Denman dans les îles du golfe de la Colombie-Britannique. Depuis, CFC travaille à soutenir le papillon en renforçant la population sauvage en Colombie-Britannique par la reproduction en conservation dans notre programme situé au zoo du Grand Vancouver, et en aidant les efforts des partenaires qui restaurent et maintiennent l'habitat de l'espèce.

Il y a un genre de silence particulier qui s'installe sur une falaise côtière au début du printemps sur l'Île Hornby (une petite île au large de l'Île de Vancouver au Canada). L'océan est assez bruyant au loin pour que vous cessiez de l'entendre. En fin mars cette année, nous avons relâché 1 327 chenilles du damier de Taylor élevées en conservation dans les prairies restaurées du parc provincial Helliwell et de ses environs, et on avait l'impression que l'endroit entier retenait son souffle avec nous. Ce relâchage était en préparation depuis trois ans, et pour comprendre pourquoi cela compte, il faut suivre ces chenilles vers le passé…

Le papillon damier de Taylor (Euphydryas editha taylori) est l'un des papillons les plus menacés au Canada. Il volait autrefois au-dessus des prairies à chênes de Garry et des falaises côtières depuis l'île de Vancouver jusqu'à Washington et l'Oregon, aux États-Unis. Puis les prairies ont été développées, les plantes hôtes ont été remplacées par des espèces envahissantes, et les papillons ont disparu, population par population. Sur l'Île Hornby, le damier de Taylor a été extirpé localement en 1996 et a disparu de Helliwell pendant près de trois décennies. C'est ce que nous essayons d'inverser depuis plusieurs années.

Andrea, Lead Biologist, and her son release caterpillars at the base of a marker flag with the mountains in the background.

Andrea Gielens, biologiste responsable des projets en Colombie-Britannique pour CFC, et son fils, plaçant des chenilles de damier à la base d'un site de relâche. Ces marqueurs identifient les endroits où il y a une bonne quantité de plantes hôtes et aident à éloigner les chenilles des sentiers pédestres. Photo par J. Athwal.

L'histoire des origines : neuf lignées maternelles de la rivière Oyster

Les 1 327 chenilles que nous avons relâchées ce printemps remontent à neuf lignées maternelles que nous avons collectées au cours d'une seule semaine en juin 2024. Notre équipe de terrain a passé sept jours à marcher et à chercher dans les mares saisonnières et les sols détrempés à la recherche de ces petites larves épineuses qui se nourrissent en groupe de véronique à écus (Veronica scutellata). Nous avons trouvé dix grappes. Nous avons collecté 130 individus représentant neuf lignées maternelles distinctes — chacune d'un coin différent du paysage.

Cette géographie était plus importante qu'il n'y paraît. Les lignées maternelles que nous avons collectées variaient de grappes à seulement 45 mètres d'écart à celles séparées par près de 11 kilomètres. Nous ne collectionnions pas seulement des individus ; nous collections la diversité génétique d'une population sauvage entière.

(À gauche) papillon damier de Taylor émergeant de sa chrysalide. (À droite) papillon fraîchement émergé dans la main du personnel de CFC. Photos par M. Gardiner.

La science : pourquoi la diversité génétique est le cœur du travail

Lorsqu’on tente de reconstituer une population au bord de l’extinction, on est tenté d’optimiser les résultats. Choisir les plus grosses larves. Élever les lignées qui grandissent le plus vite. Maximiser les effectifs. Nous avons délibérément fait le contraire. En 2025, CFC, en collaboration avec l’équipe d’élevage du Greater Vancouver Zoo, avons élevé ces 130 larves pendant leur diapause et avons vu 87 adultes émerger avec succès (se transformer en papillons). Cela représente un taux de survie de 70%, plus de treize fois ce que ces papillons réussiraient dans la nature. Mais quand est venu le moment de mettre en place les cages d'élevage, nous nous sommes engagés à ce que nous avons appelé une stratégie de « diversité maximale ».

Cela signifiait garder chaque lignée maternelle dans le bassin de reproduction, y compris les trois qui avaient mal performé en captivité. Exclure les lignées faibles aurait été une forme silencieuse de sélection artificielle – récompensant les traits qui fonctionnent dans un zoo mais qui ne fonctionnent pas nécessairement sur une falaise balayée par les vents. À la place, nous avons accouplé des fondateurs éloignés (plus de 5 km d'écart à la collection) pour générer de nouvelles combinaisons génétiques, et nous avons préservé certains accouplements de voisins proches (moins de 500 m d'écart) pour garder intacts les génétiques complexes localement co-adaptés.

Le résultat : environ 4 000 œufs pondus, environ 2 500 larves entrées en diapause, et chacune de ces neuf lignées maternelles fondatrices portée dans la génération suivante. Rien n'est perdu.

Œufs du damier pondus sur le dessous d'une feuille dans le laboratoire de conservation/coin conservation au zoo du Grand Vancouver. Photo par J. Athwal.

Revenons maintenant au jour du relâchage...

Ces larves ont passé l'hiver dans des conditions de diapause soigneusement gérées, et ce printemps, nous en avons chargé 1 327 dans des conteneurs de transport et les avons conduites au nord vers le traversier.

Helliwell nous tient particulièrement à cœur. En 2023, l'équipe y a relâché 1 476 chenilles – la première réintroduction délibérée de ce type dans le parc. En mars 2024, nous avons confirmé que plus de 230 de ces larves avaient réussi à émergé de la diapause hivernale, la première completion documentée du cycle de vie du damier de Taylor à Helliwell depuis son extirpation locale en 1996. La restauration de l'habitat fonctionnait. Les papillons rentraient à la maison.

Le relâchage de cette année s'appuie sur cette fondation. Les chenilles que nous avons placées sur les plantes hôtes dans les zones restaurées du parc sont la cohorte génétiquement la plus large que nous ayons jamais relâchée. Elles portent des gènes de neuf mères sauvages, mélangés grâce à une conception d'accouplement spatialement informée, sélectionnés non pas pour les traits les plus faciles, mais pour la plus large boîte à outils possible afin de faire face à tout ce que Helliwell leur lance.

Nous avons regardé les premières chenilles commencer à se nourrir presque immédiatement. C'est la partie qui vous touche – quel moment spécial à vivre.

Split image with the left showing a caterpillar at the end of a white paintbrush being placed in the grass. The right photo shows a caterpillar sitting in the grass.

Chenilles relâchées à Helliwell. Photos par J. Athwal.

Three images each showing the checkerspot caterpillars up close. Top left shows at least four caterpillars curled up on paper towel. Bottom left photo shows two caterpillars in the grass. The larger right photo shows a single caterpillar fully outstretched up close.

Plus de chenilles relâchées à Helliwell. Photos par J. Athwal.

Membres de l'équipe de rétablissement relâchant les chenilles au site de relâchage. Photo par J. Athwal.

Et après?

Les vérifications de survie de la diapause auront lieu à la fin de l'hiver, comme en 2024. Nous serons sur les falaises à la première heure à la recherche de toiles, à la recherche de dommages causés par l'alimentation sur le plantain, comptant combien ont survécu. Pendant ce temps, notre cohorte captive de 2026 — collectée l'été dernier à partir d'une population nouvellement confirmée près de l'aéroport de Campbell River — se prépare déjà pour le relâchage du printemps prochain.

Nous prévoyons également une étude comparative sur l'alimentation pour tester si la véronique à écus indigène (Veronica scutellata) produit des papillons plus forts et plus féconds que le plantain non indigène que nous avons traditionnellement utilisé en captivité. Et nous explorons un partenariat formel de banque génétique avec l'Université de l'Île de Vancouver, qui nous permettrait de suivre la santé génétique à long terme des populations sauvages et réintroduites au fil du temps.

L'objectif qui nous fait avancer est de 5 000 chenilles relâchées chaque année. Nous n'y sommes pas encore. Mais Helliwell n'est plus dépourvu de papillons damier, et les 1 327 que nous avons relâchés ce printemps sont les fondateurs génétiquement les plus robustes que nous ayons jamais produits

Rien de tout cela ne se fait seul. Un immense merci à l'équipe du Greater Vancouver Zoo, dont l'expertise en soin des animaux a rendu cette cohorte possible; aux parcs de la Colombie-Britannique pour la gestion de Helliwell; à Mosaic Forest Management pour l'accès continu à la population source de la rivière Oyster; à Jennifer Heron au ministère de l'Environnement de la Colombie-Britannique et à l'équipe de rétablissement du damier de Taylor; à la communauté de l'île Hornby, qui a adopté ce papillon comme le leur; et à chaque bénévole qui s'est présenté pendant la saison de reproduction 2025 pour aider à déplacer des conteneurs, nettoyer les déjections et être témoin de quelque chose de remarquable.

Chaque amas trouvé, chaque point de repère enregistré, chaque cage d'accouplement vérifiée au soleil — tout s'est ajouté à une poignée de chenilles sur une falaise côtière, faisant exactement ce que leur espèce a fait sur cette île pendant des milliers d'années.

Un pas de plus pour les ramener chez eux pour de bon.

Jag Athwal

Biologiste adjoint — Rétablissement du damier de Taylor

Jag travaille avec CFC comme biologiste adjoint pour le rétablissement du papillon damier de Taylor. Il a commencé avec CFC en 2023 comme technicien en surveillance des nids pour les tortues peintes de l'Ouest. Jag est diplômé de l'Institut de technologie de la Colombie-Britannique, avec une spécialisation en restauration écologique, ce qui lui apporte une solide base en gestion des écosystèmes à son travail actuel. Son expérience dans le suivi des espèces en péril a approfondi son appréciation des relations complexes au sein des écosystèmes. Ce qu'il valorise le plus, c'est le rôle crucial que jouent les humains dans la préservation et la restauration des paysages pour les espèces en péril, voyant la conservation comme un effort de collaboration entre la nature et la société.

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