Qu'est-ce que le Programme de rétablissement des bourdons? Depuis les années 1990, les populations de bourdons sont en chute libre, ce qui représente une véritable catastrophe écologique. Quatre-vingt-dix pour cent de toutes les plantes à fleurs — y compris la plupart des fruits et légumes dans votre réfrigérateur — ont besoin de ces pollinisateurs pour se reproduire.

Jusqu'à ce que les causes de ces déclins puissent être inversées, l'élevage de conservation et la réintroduction sont la seule façon de protéger les bourdons en péril. Aujourd'hui, CFC est la seule organisation au Canada à reconstruire les populations d'abeilles sauvages grâce à l'élevage de conservation. Grâce à des percées récentes, nous avons trouvé comment augmenter considérablement le nombre de reines que nous produisons. Une fois relâchées dans la nature, elles peuvent établir leurs propres colonies, produisant des centaines de pollinisateurs pour soutenir les écosystèmes qui les entourent.

En tant que fervente amatrice d'insectes, l'hiver n'est franchement pas ma période préférée de l'année ici dans le sud de l'Ontario. Alors que je m'emmitouffle dans un grand manteau duveteux et des mitaines, on dirait que le monde des insectes s'est complètement arrêté — ça fait des mois que je n'ai pas vu un papillon, j'arrive à peine à me souvenir du bourdonnement d'un bourdon affairé, et même les piqûres de moustiques me semblent un lointain souvenir !

Mais les bourdons et autres insectes n'ont pas disparu — ils ont simplement maîtrisé l'art de la survie hivernale, quelque chose que j'essaie encore de comprendre moi-même.

Le cycle de vie d'un bourdon. Illustration de Jeremy Hemberger. 

Les bourdons vivent vite. Contrairement aux abeilles mellifères, qui maintiennent des colonies actives toute l'année, les colonies de bourdons ne durent qu'une seule saison. À la fin de l'été et au début de l'automne, la colonie termine ses activités. Les ouvrières qui ont passé des mois à butiner et à s'occuper du nid commencent à mourir, et la vieille reine qui a fondé la colonie arrive à la fin de sa vie. L'avenir de l'espèce repose entièrement sur la nouvelle génération de reines.

Ces jeunes reines, appelées gynes, sont très occupées en automne. Elles passent les dernières semaines chaudes à trouver des fleurs à floraison tardive et à consommer autant de nectar et de pollen que possible, accumulant des réserves d'énergie comme des athlètes qui font le plein de glucides avant une grande compétition. Une fois qu'elles ont stocké suffisamment de graisse pour les soutenir tout l'hiver et que les températures commencent à baisser, chaque reine part à la recherche d'une cachette hivernale pour rester bien au chaud. Les terriers souterrains, la terre meuble, les tas de compost, la litière de feuilles et les anciens tunnels de souris font tous d'excellents condos pour temps froid.

Reine de bourdon terricola (Bombus terricola) trouvée sur des fleurs de pommier à floraison hâtive lors d'un relevé printanier. Le pollen sur les pattes arrière de cette abeille suggère qu'elle a déjà trouvé un site de nidification approprié et a commencé à établir sa propre colonie après un long repos hivernal. Photo de Cole Blair.

Vient ensuite la vraie magie : la diapause. Cette version insecte de l'hibernation permet à la reine de ralentir son métabolisme au minimum. Son cœur bat plus lentement, et des composés naturels antigel dans son corps protègent ses cellules du gel, lui permettant de survivre aux longs mois froids de l'hiver.

Quand le printemps arrive enfin, les reines émergent affamées et déterminées. Elles ne perdent pas de temps à visiter les plantes à floraison hâtive comme les saules, les lis truites et les amelanchiers avant de chercher un nouveau site de nidification. À partir de là, le cycle recommence : les œufs sont pondus, les ouvrières sont élevées, et bientôt toute une nouvelle colonie est de retour en activité.

Quand l'hiver semble interminable, c'est vraiment réconfortant de savoir que les bourdons que j'aime traversent le froid à mes côtés. Laisser un peu de litière de feuilles quand vous mettez votre jardin au repos à l'automne et planter quelques fleurs à floraison hâtive est une façon facile de leur rendre la pareille.

Une reine de bourdon noir et doré (Bombus auricomus) capturée lors d'un relevé printanier. Si vous trouvez une abeille au printemps et vous demandez si c'est une reine, un bon indice est la taille — chez de nombreuses espèces ontariennes, la reine est nettement plus grande que les ouvrières. Regardez comme cette reine est imposante ! Photo de Julia Evans.

Leçons apprises des bourdons en hiver :

  • Les bourdons... Se couvrent bien : la litière de feuilles, c'est la version abeille des bonnes bottes, du manteau d'hiver et d'une pile de couvertures. Habillez-vous chaudement et sortez la couverture chauffante, et vous serez en t-shirt avant que vous le sachiez !
  • Reposez-vous : si un bourdon essayait de « rester productif » tout l'hiver, il n'arriverait pas au printemps. Il est correct de ralentir parfois.
  • Faites le plein, sans culpabilité :pensez-vous que les abeilles se disent jamais «Je ne devrais vraiment pas visiter cette dernière fleur, j'ai déjà eu beaucoup de nectar aujourd'hui »? Non. Allez-y, mangez ce biscuit supplémentaire. Vous canalisez simplement votre reine des abeilles intérieure.

Annika Wilcox

Coordonnatrice des programmes de l’Ontario – Programme de rétablissement des bourdons

Annika a rejoint l'équipe de CFC de la pie-grièche migratrice en tant que biologiste en recherche en 2025 avant de passer à l'Initiative pour les pollinisateurs indigènes en tant que coordonnatrice des programmes en Ontario. Elle possède une vaste expérience en sensibilisation environnementale, réhabilitation de la faune, et surveillance écologique des oiseaux, des amphibiens, des reptiles et des insectes à risque. Annika est titulaire d'une maîtrise en biologie intégrative de l'Université de Guelph, où elle a mené des recherches sur les facteurs limitants des zones humides agricoles restaurées comme habitat de reproduction pour les oiseaux, en mettant l'accent sur les espèces en péril.

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