Dès ma tendre enfance, j’étais attiré par tout ce qui glissait, rampait et bavait (au plus grand dégoût de ma mère). J’ai développé une fascination pour les dinosaures, puis je me suis rabattu sur ce qui me semblait être les plus proches créatures vivantes après eux : les reptiles et les amphibiens. J’ai toujours su que je voulais travailler avec les animaux sauvages, et il n’y avait aucun doute dans mon esprit. J’emploie le terme travailler dans un sens large, car je crois en ce vieux dicton selon lequel une personne qui choisit un travail qu’elle aime n’aura plus à travailler un seul jour de sa vie. Ma grand-mère se rappelle que, lorsqu’on me demandait ce que je voulais faire quand je serais grand, j’annonçais fièrement que je deviendrais paléontologue. Si on fait un saut dans le temps, 20 années plus tard, je ne travaille pas avec les animaux disparus, mais j’essaie d’empêcher la disparition des animaux avec lesquels je travaille. Aujourd’hui, ce qui me passionne se trouve au carrefour de l’herpétologie (biologie des reptiles et des amphibiens), de l’écologie évolutive, de la biologie de la conservation et de l’histoire naturelle.

J’ai grandi à St. Catharines (dans la région de Niagara, en Ontario), au milieu d’un dense réseau routier, d’une urbanisation tentaculaire, de vergers et de vignobles (mon école primaire portait le nom de Grapeview, après tout). Pendant mon secondaire, mes moments les plus heureux étaient lorsque je partais à bicyclette sur le routes de campagne et traversais les vignobles, jusqu’à l’escarpement du Niagara, où je passais des heures à retourner des bouts de bois afin d’observer le monde invisible qui grouillait dessous – les salamandres luisantes et aux lignes pures, les coléoptères furtifs, le lent mouvement des vers, une infinité de nids de fourmis et (à mon grand étonnement) des guêpes qui nichaient dans le sol. Je travaillais durant les fins de semaine dans une animalerie et je gardais des lézards et des serpents à la maison, ce qui m’a donné l’occasion d’acquérir de l’expérience dans l’élevage en captivité et, plus tard, la reproduction en captivité. J’ai découvert assez tôt la photographie de la faune et des paysages, qui est pour moi un moyen d’immortaliser et communiquer mon appréciation de la nature.

J’ai choisi de m’inscrire au programme de biologie de la faune de l’Université de Guelph afin d’avoir une formation et de poursuivre ma passion. Je me suis impliqué dans l’Université of Guelph Wildlife Club, un groupe voué à l’appréciation de la nature et à l’éducation du public. Nos activités régulières comprenaient des sorties sur le terrain (observation des oiseaux, des reptiles et des amphibiens, des insectes) et des programmes de stage. J’ai eu la chance d’acquérir de l’expérience pratique sur le terrain durant l’été qui a suivi ma première année d’études, en travaillant dans le parc provincial Algonquin dans le cadre d’un projet de recherche sur la salamandre. Le projet BLISS (Bat Lake Inventory of Spotted Salamanders), qui portait bien son nom, synonyme de bonheur, visait à étudier la biologie reproductive de la salamandre maculée (Ambystoma maculatum) et sa sensibilité aux changements environnementaux. C’est ce qu’a réellement été ce printemps dans le parc Algonquin: BLISS! Le bonheur absolu! J’y suis resté le plus longtemps que j’ai pu, en participant aussi comme bénévole à une étude, menée sur 40 ans, portant sur l’écologie et le cycle vital des tortues serpentines (Chelydra serpentina) et des tortues peintes du Centre (Chrysemys picta marginata). J’avais la piqûre, et j’éprouvais la plus grande joie à me mouiller les pieds et à me salir les mains en prenant part à des recherches sur le terrain. Plus tard ce même été, j’ai vécu l’expérience la plus déterminante de ma jeune vie, comme assistant de recherche bénévole à la réserve nationale de Pacaya-Samiria, dans l’Amazonie péruvienne. Ma démarche actuelle a été largement motivée par cet aperçu de la biodiversité tropicale, par la valeur de la recherche à long terme et par certains enjeux concrets concernant les catastrophes écologiques.

J’ai poursuivi mes études et obtenu mon diplôme de baccalauréat avec spécialisation et grande distinction de l’Université de Guelph, tout en retournant chaque été au parc Algonquin pour collaborer à BLISS et à la recherche sur les tortues serpentines (Chelydra serpentina), deux projets que j’ai fini par diriger. Alors que ma passion pour la recherche faunique et la conservation de la faune grandissait, j’ai entrepris une maîtrise à l’Université Laurentienne, en faisant porter mon mémoire sur l’Algonquin Turtle Project. Les tortues constituent l’un des groupes d’animaux les plus en péril en Ontario (et dans le monde), et leur conservation a été au premier rang de mes préoccupations ces dernières années. La collaboration avec le parc Algonquin et l’Algonquin Wildlife Research Station afin d’élaborer des ressources éducatives et une programmation mettant en valeur le patrimoine naturel a été pour moi une expérience très gratifiante. Je suis un ardent promoteur de la recherche scientifique, de politiques fondées sur des données probantes et de programmes de stages comme moyens de sensibiliser la population à la l’importance de la conservation. Au fil de mes expériences, et grâce au soutien de ma famille et de mes amis, j’ai eu la chance de développer un esprit curieux et apte à poser des questions, une insatiable envie d’explorer la nature et un amour des voyages.

C’est un incroyable honneur que d’être Noé au Canada. Je vois la collaboration avec Conservation de la faune au Canada, Durrell Wildlife Conservation Trust et Mauritius Wildlife Foundation comme une occasion inestimable de poursuivre ma formation et de faire de la recherche sur le terrain dans l’un des points chauds les plus intéressants au monde, sur les plans de la biodiversité, de l’endémisme et de la conservation.

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